10 ans déjà, écrits sur mon travail., gravure, une oeuvre, une histoire.

Le passage des parques, an 2010.

Le passage des Parques, pointe seche, 76cm x 210cm

Dans la continuité du thème “10 ans déjà“, j’ai choisi de vous parler du tissage.

Avant les Beaux-Arts et avant la fac, j’ai fait une école de mode. Je développerai ce choix dans un article futur. Toujours est-il que j’en garde une empreinte textile plus ou moins marquée selon les périodes.

L’influence du tissage.

Je vous ai raconté jeudi dernier, comment se passait les examens aux Beaux-arts : nous réalisions des expositions de nos travaux. Ces expositions avaient lieux dans les couloirs. Cela nous permettait effectivement de découvrir le travail des autres. Combien de fois n’ai-je pas rêvé de passer les créations des étudiants en design textile sous presse ? Le jeu des matières me passionnait. Aussi j’ai longtemps cherché ( et je cherche encore) comment intégrer ce premier amour dans mon travail actuel. Des recherches et expérimentations ponctuent mon travail à intervalles plus ou moins régulier.

  • Etude et dessin des tissages,
  • design textile
  • broderies
  • tentatives de tissages au sens propre.

Outre l’attrait graphique, il y a les souvenirs d’enfance. Dans notre grand terrain à Saint Michel Chef Chef, j’apprenais à tricoter et à broder. Assise dans le jardin, avec une couverture sur les genoux “pour faire comme les mamies dans les films”.

L’effacement.

A priori pas de lien direct entre le tissage et l’effacement. Pourtant c’est en participant au concours qui “qui dit mieux ?” sur le thème de l’effacement que j’ai justement pu aborder le tissage pour la première fois dans mon travail gravé.

Psychée

Au tout départ je voulais faire une sculpture intitulée Psychée. La psychée c’est la mémoire. C’est aussi papillon en grec, il me semble. Je voulais tisser un corps en fil de fer qui sortait d’une planche en bois comme s’il venait de la traversé et ce changeait en papillons. Thème que j’avais déjà abordé en fac. Aussi bien en gravure qu’en sculpture.

De réflexions en réflexions, le fil de cuivre c’est changé en plaque de cuivre et la sculpture est devenue gravure. La notion de tissage m’a fait penser aux trois parques. Elles tissent la vie et l’arrête. Et celle-ci, plus ou moins remplie, s’efface avec le temps jusqu’à ne rester qu’un vague souvenir.

Le passage des Parques.

Athropos file la laine : c’est la naissance

Clotho enroule la laine : c’est la vie qui passe. 

Lachésis coupe la laine : c’est la mort.

Un bout de laine.

J’ai d’abord commencé par réaliser des tests.

  • Gaufrage de laine
  • Bout de laine imprimé
  • gravure à la pointe sèche représentant de la laine.

J’ai choisi la laine pour sa souplesse, son toucher aussi bien doux que rêche un peu grattant. Et pour sa tendance à s’effilocher. Je trouvais que la laine ressemblait plus la vie qu’un fil d’une autre matière.

Une fois que je me suis arrêtée sur une technique – la pointe sèche – j’ai réalisé des tests. Il faut savoir que si je me suis naturellement orientée vers la pointe sèche c’est pour la fragilité de cette technique. En effet, on déconseille de réaliser plus d’une dizaine de tirages car le motif s’efface.

Mais est-ce que la gravure s’efface réellement ?

Aparté : technique de la pointe sèche en 6 points.

  • Le métal est gravé avec une pointe qui le raye.
  • Lors de son passage la pointe n’enlève pas le métal mais le soulève légèrement de chaque côté créant des barbes. ( si on regardait avec une grosse loupe ou un microscope, ça donnerait un peu le même aspect qu’une peau griffée par les ronces : une coupure arrachée pas nette).
  • Les barbes retiennent l’encre. Ainsi plus on appuie fort, plus les barbes sont importantes, plus on retient d’encre.
  • La caractéristique plastique de la pointe sèche est le rendu velouté propre à ses barbes.
  • Lors du passage sous presse, la pression rabaisse les barbes. Un peu comme si la presse allait reboucher l’entaille.
  • On perd donc du détail et du velouté.

Selon mon test, au bout de 10 tirages on a beaucoup perdu quant aux qualités plastiques de la pointe sèche. Mais il reste une trace du dessin. J’ai effectué plus de deux cents passages sous presse avant d’estimer que la plaque ne valait plus la peine d’être imprimée. Elle n’en était pas redevenue vierge pour autant.

La réalisation finale

Je voulais un grand format sur sur lequel j’aurais superposé de nombreuses impressions jusqu’à l’effacement. J’ai choisi un cuivre qui avait déjà vécu. En effet, un étudiant avait tenté de passer des clous sous presse pour les graver dans le cuivre. Il a réussi ! Mais a cassé la presse. Ce qu’il est advenu de l’étudiant, je ne sais pas. Toujours est-il que sa plaque avait une magnifique texture et que les clous choisis pouvaient être apparentés à des épingles ! J’y ai donc gravé mon bout de laine.

J’ai reproduis exactement la même démarche que lors des tests :

  • Un encrage de la plaque et une impression sur le papier 1.
  • 5 décharges (c’est à dire passage sous presse sans ré-encrer la matrice) sur le papier 2.
  • Nouvel encrage, nouveau tirage sur le papier 1.
  • A nouveau 5 décharges sur le papier 2.

Au final j’ai effectué 205 passages sous presses ! (D’où le titre “passage des parques”

Le dernier panneau, central, celui qui est tout noir, est la feuille que j’utilisais pour ne pas salir le plateau de la presse. Elle n’était initialement pas prévue mais a fait partie intégrante du travail. Et j’ai toujours préféré le processus au résultat final. Donc je l’ai intégrée.

Le triptyque est ainsi la trace du passage du temps, de la vie à la mémoire, de la mémoire à l’oubli.

La toile des Parques.

Pour réaliser la toile des Parques (ensembles de 16 estampes de 38cm x 38cm) j’ai choisi un fragment du travail précédent et j’ai regravé par dessus ses « fantômes » à la manière d’un palimpseste. Pour Finir j’ai plongé la plaque  dans l’acide afin d’effacer les dernières traces restantes. Chaque estampe est un morceau du processus d’effacement et de destruction de la plaque.

la toile des Parques, eau forte, pointe sèche et gauffrage

Après tout cela fait partie de la gravure, détruire la matrice à la fin d’une édition.

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