dessin, gravure, sur la route de l'art

Les neuf profs qui ont changé ma vie.

Le titre est un peu théâtral. Ces professeurs n’ont pas changé ma vie au grand sens du terme, genre avant je voulais être plombier et après eux mathématicien. Non, ils constituent plutôt un ensemble de rencontres qui a orienté mon parcours d’artiste. Que ce soit par leurs conseils, leur enseignement, une phrase ou leur confiance en moi, si je suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui, c’est aussi grâce à eux. Rencontre avec 9 profs.

Les professeurs des grands changements.

Nicolas.

Professeur de dessin en école de mode. Il a joué un rôle important puisqu’il est le premier à avoir eu une incidence sur mon parcours.

Je suis allée le voir un jour, parce-que j’avais des questions d’orientation. Je venais de me faire recaler aux Beaux-arts de Paris. Effectivement, quand je regarde le dossier que j’ai fait à l’époque je comprends très bien pourquoi. Il m’a répondu que ce n’était pas étonnant, j’étais loin d’avoir le niveau requis pour les beaux-arts de Paris. C’est lui qui m’a dit :

Tu as le choix entre te faire chier 3 ans en fac ou ramer pendant 6 ans mais tu y arriveras.

Je me suis fait chier les trois années en fac puis j’ai intégré les Beaux-Arts de Bruxelles. De justesse. Mais j’y suis arrivée. Après m’être bien amusée pendant 3 ans, j’ai hiberné environ 2 ou 3 ans, puis j’ai ramé durant les 6 années annoncées.

Ok, lui avait prédit l’un ou l’autre. Vous savez tous que je n’aime pas choisir, alors j’ai fait les deux : me faire chier et ramer.

Il m’ a aussi appris à accepter mes défauts techniques pour en faire des qualités expressives.

Francis Capdeboscq.

Je lui ai demandé les meilleurs pays pour apprendre la gravure.
Il m’a répondu et je suis partie.
Après avoir testé deux des trois destinations (Belgique, Allemagne et république Tchèque il me semble), je confirme qu’il avait raison.


Les professeurs des grandes découvertes.

Jean Luc Jehan.

Professeur que j’ai eu à la fac, il m’a fait aimer le dessin. Alors là que j’écris ces mots, je ne suis pas sûre qu’aimer soit le terme approprié. Effectivement, j’ai quand même séché tous les cours de dessin des Beaux-arts. Après, étant une personne qui marche beaucoup à l’affectif, je ne sais pas si c’est le prof que je fuyais ou la matière (en effet, tous les soirs je passais plusieurs heures à faire des reproductions…).

Les sujets qu’il nous donnait me passionnaient.

  • Mettre un petit objet dans une boîte noire et le dessiner en très très grand. Je m’étais un peu plantée car j’avais choisi un mannequin de couturière miniature donc à l’agrandissement ça n’apportait pas grand-chose.
  • Réaliser un nœud réalisé avec 3 cm de fil de fer puis le dessiner sur un format grand aigle. J’y ai passé un temps monstrueux. Jie, mon ami de l’époque, qui dessinait depuis toujours était assis à côté de moi. Pendant deux semaines, nous y avons passé toutes nos soirées et tous nos week-end. Chaque fois que je commençais à faire une erreur de dessin il me le disait. Quand j’ai rendu mon travail le prof a dit « maintenant tu sais dessiner. » Je n’en suis plus très convaincue. Depuis j’ai rencontré pas mal de dessinateurs et surtout je n’ai jamais eu à nouveau suffisamment de patience pour retenter une expérience du genre… (j’ai tenu mon dernier programme zennement intensif pour apprendre à dessiner environ un mois).
dessin réalisé dans le cours de Jean-Luc Jehan.

Il nous encourageait toujours à dessiner d’après modèle. En cours je voyais l’évolution des travaux dessinés d’imagination et repris d’après modèle. Je les trouvais tellement plus forts ! C’est depuis que j’ai suivi son cours que je fabrique les modèles de ce que je veux dessiner.

L’année suivante j’ai refait un cours avec lui. Il enseignait la sculpture or à l’époque c’est ce que je voulais faire. Il avait beaucoup aimé la femme de Vitruve. Je pense plus pour l’implication personnelle que ça demandait que pour l’idée ou le résultat (c’est mon expérience de prof qui me fait penser ça).

C’est quelqu’un que j’appréciais beaucoup et qui croyait en mon travail.

Martine Lafon.

Si c’est à Elisabeth Amblard que je dois de savoir que la gravure existe, c’est bel et bien à Martine Lafon que je dois de savoir ce qu’est la gravure. Je pense que c’est avec elle que c’est opéré le choix de passer de sculpteur à graveur.

Nous étions très peu nombreux dans le cours. Encore une fois, les intitulés de la fac m’avaient prise au piège. Jamais je ne me serais attendue à faire de la gravure dans un cours de « pratique plastique graphique et bidimensionnelle. ». Surtout qu’après réflexion j’avais déduis que la gravure c’était sympa, mais que ça valait pas le coup d’en faire plus d’un semestre dans sa vie.

Dans la classe, il y avait une planche de bois noir avec un graffiti qui traînait. J’ai demandé quelle était cette technique. De la gravure sur bois. Comment fait-on ?  Et le lendemain je commençais le gorille et l’éléphant (qui ont été exposés dans la fac et que M. Jehan avait repéré 😉).

Puis elle est venue avec un bouquin d’estampes japonaises. J’ai reposé la même question. Elle m’a répondu. C’est devenu comme un rituel pour moi. Apporter des repro de gravure et lui demander comment ça avait été fait.

A la fin du semestre, je me suis inscrite dans l’atelier de F. Capdeboscq afin de continuer la gravure.


L’école de la technique.

Eau forte, d’après Piranèse. Premier travail réalisé à l’atelier 63, en apprentissage à la gravure.

L’année où j’ai choisi de faire un master spécialisé en gravure, ils ont supprimé l’option car nous n’étions pas assez nombreux. Je me suis donc inscrite à l’atelier 63.

Joëlle Serve

C’est la patronne. Je l’appelai la femme dragon. Elle me faisait peur. Et fallait pas être susceptible. Je suis susceptible. Je suis partie.

J’ai passé presqu’un an là-bas. Elle était dure et sévère et plaçait la barre très haute, mais ça m’a permis de faire un bond dans la technique de la gravure. En outre, je me suis attaquée à des sujets que je n’aurais jamais osé de moi-même.

Nicolas Sochos.

Il m’a appris un métier. L’essentiel, tout simplement.


L’école de la vie.

Agathe Eristov.

Agathe Eristov, est probablement celle qui m’a le plus marquée. De part son approche autant que de part sa personnalité. La façon dont j’enseignais dépendait de ce que j’avais retenue d’elle :

  • l’enthousiasme
  • la liberté.

Elle m’a beaucoup suivie dans mes créations gravées. Si je posais les questions techniques à Mme. Lafon, c’est Agathe Eristov qui se frottait à mes problèmes techniques. Tout ce que Mme. Lafont m’expliquait, je l’appliquais aussitôt sur des formats géants que j’imprimais depuis chez moi en essayant de recoller les infos techniques que je collectais de ci de là.

C’est pour le cours d’Agathe Eristov que j’ai réalisé « Nous sommes tous braconniers » et « Utopia », deux installations gravées de chacune 3m de haut par 9 m de long…

Xavier Michel.

Je le citais récemment, c’est lui qui a dit :

Il faut créer son métier.

Phrase que je me remémore chaque fois qu’un truc rate et que je cite chaque fois qu’on me dit qu’il n’y a pas de boulot pour les artistes. Et plus le temps passe, plus je suis d’accord avec lui.

Pascal Jeanjean.

Nos débuts ont été un peu mitigés.

gravure aquatinte
L’artiste et son modèle.
Un long travail d’équipe
avant de parvenir à une impression
potable.

Il est arrivé pour remplacer Xavier que j’admirai. Lui je le trouvais trop timide, trop discret. Il n’avait pas l’air d’en connaître beaucoup sur la gravure alors je ne voyais pas ce qu’il pourrait m’apprendre et puis je voulais que Xavier revienne.

Puis M. Jeanjean a emmené tout le groupe dans son atelier de papetier. Et là il s’est révélé !!! Ça été un coup de foudre ! J’y ai découvert quelqu’un qui avait un savoir-faire extraordinaire, une patience et une écoute infini.

Nous avons eu de longs échanges techniques, il était toujours là pour m’aider à régler les problèmes.

Il m’a appris que la gravure ce n’était pas juste une question de matrice et d’encre, mais aussi de support, de papier.

La première année où j’ai découvert la gravure, je ne voyais même pas l’intérêt d’imprimer. Quand j’étais aux Beaux-arts, j’avais intégré la notion de multiple, mais le papier était juste là pour visualiser le multiple. Et j’imprimais sur papier parce-que je ne savais pas sur quoi imprimer d’autre. Depuis, je me suis fait un défit d’imprimer sur n’importe quel support, alors aujourd’hui quand j’imprime sur papier, c’est par choix et non parce qu’il n’y a que ça.

Maintenant je pense à lui chaque fois que je pense papier. Il est aussi celui qui m’a le plus encouragée et le plus soutenue, durant mes études et après.


Juste des profs ?

Quand j’ai commencé à enseigner, un jour, ma collègue m’a dit qu’il fallait faire attention à tout ce qu’on fait quand on enseigne, car les élèves peuvent nous prendre comme exemple ; que tout ce qu’on leur apprend c’est autant de petites graines. On ne sait pas ce que ça donnera, mais peut-être que des choses ressortiront.

A l’époque j’ai trouvé ça très mignon mais ça m’a bien fait rire. Sérieux, on n’est que des profs. Dans un an, nos élèves ne nous verront plus et dans deux, ils nous auront oubliés.

Et voilà que pas loin de 10 après la fin de mes études, alors que je viens de quitter mon boulot pour enfin me consacrer à la gravure, je mets en pratique quotidiennement ce que ces 9 professeurs m’ont enseigné. Des acquis qui sont comme autant de points de repères pour continuer de me frayer un chemin sur la route de l’art.

Liens externes :

Les écoles :
Les profs :

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