sur la route de l'art

Artiste vs artisan d’art.

En rentrant du labo _ l’accrochage est quasi terminé (quasi car j’ai oublié un truc) _ j’écoutais le cours de artxterra « transformez votre vision en réalité ». Ils parlaient des valeurs de l’artiste. L’une de celle qui revient le plus souvent est la liberté, et c’est justement cette notion qui a fait pencher la balance du côté artiste plus qu’artisan.

Echantillon de réalisations des ateliers André.

Un métier en voie d’extinction.

Etant enfant, puis ado, je déjeunais tous les midis chez ma tante. Elle regardait le journal de 13heures sur TF1. Les infos ça m’a toujours barbée. Mais la découverte des régions et des métiers artisanaux, ça, ça me plaisait.

Je regardais ces inconnus faire de la magie et sortir des trésors de leurs mains. C’était incroyable. Puis on m’expliquait qu’il était l’un des derniers, si ce n’était le dernier à faire ça. Chagrin.

Le métier en voix d’extinction, c’est un peu comme le panda du WWF : T’as envie de tout faire pour le sauver !

Ca ne peut pas disparaitre ! ça ne doit pas disparaitre ! 

A défaut de sauver le monde (comme de nombreux enfants j’ai eu ma période docteur, puis j’ai voulu être infirmière sans frontières) et les pandas, je pourrais au moins sauver un métier et préserver une part de magie qui fasse rêver les autres…

Artiste, artisan, pour ou contre ?

Lorsque je suis arrivée aux Beaux-Arts, j’avais des connaissances en taille douce mais je pratiquais essentiellement la taille d’épargne puisqu’elle ne nécessitait pas de presse. Je pouvais donc imprimer n’importe où n’importe quand. (Ce n’importe où n’importe quand est aussi ce qui m’a orienté vers la course à pieds…).

L’école possédait une des trois plus grande presse d’Europe à l’époque. Le cuivre et le papier étaient fournis. Je me suis donc réorientée vers le métal. En outre, j’imaginais que cela m’apporterait plus de débouchés.

C’est aussi l’époque du

« un travail alimentaire d’abord, artiste c’est pas rentable. »

Artiste.

Et effectivement l’art me paraissait bien trop instable et surtout un autre monde pour lequel je n’avais pas le niveau :

On nait artiste où on ne l’est pas.

Je ne suis pas née artiste et dans ma famille on n’avait même pas un galeriste pour me lancer. J’étais foutue avant même de commencer.

N’empêche, pouvoir créer ce qui me passe par la tête sans rendre de compte à personne d’autre qu’à moi ça me tentait.

Artisan d’art.

Devenir artisan, c’était la possibilité d’acquérir un savoir faire rare et de le porter au plus au niveau de perfection dont je serais capable.

  • Pas d’aléatoire comme dans la vie d’artiste.
  • Si je bosse dur j’y arriverai. Et j’aimais ça. Bosser. Imprimer, essayer, régler les problèmes et imprimer encore.
  • En plus ça rendait service aux artistes. Et je pourrais réaliser de temps en temps des trucs époustouflants qui font rêver.

Entre les deux, mon cœur balance.

Au début je me disais :  

« Je serai artisan pour financer une carrière d’artiste ».

Puis j’ai commencé à faire mes premières expériences. Et je me suis aperçue qu’artisan était un métier bien compliqué qui demandait bien plus que la possession d’un savoir-faire.

Donc je me suis dit que :

« Je serai artiste pour financer une carrière d’artisan d’art ».

 Après tout, tout se vend.

Premières expériences.

Imprimeur d’art.

J’ai réalisé des impressions pour un graveur belge, Georges Seconde. Je me suis tellement arraché les cheveux. J’avais tellement peur de le décevoir…

Si je n’avais pas été soutenue par le prof je ne sais pas si je serais allée jusqu’au bout.

Imprimerie labellisée patrimoine vivant.

J’ai fait un stage aux ateliers André. J’ai adoré ! J’y ai découvert l’impression à chaud ! Que de trésors qui sortaient des presses ! Je me demandais même pourquoi toutes ces techniques n’étaient pas dans les livres d’artiste !

Vraiment rien que pour changer ça, pour leur ouvrir les yeux sur les possibilités infinies de l’estampe je devais devenir imprimeur d’art.
Puis j’ai vu que quand les imprimeurs arrêtent leurs machines et rentrent tranquillement chez eux, y en a un qui reste jusqu’à pas d’heure pour régler les problèmes des autres, que ce soit une commande de dernière minute dans un délai techniquement impossible ou de la compta…

Je ne voulais pas être celui qui rentre tranquillement chez lui et advienne que pourra. Mais je ne voulais pas non plus être celui qui va porter toutes les responsabilités sur ses épaules.

Commandes.

J’ai réalisé quelques commandes. Des cartes de vœux et des faire-part de  mariage. J’ai énormément appris. Parce-que j’ai fait de grosses bêtises. Soit que j’ai voulu aller trop vite, soit que je me suis lancée dans trop compliquée.

Chaque fois je plaçais le niveau d’exigence très très très haut. Bien plus que ce que j’étais capable d’atteindre. Avec à peine plus de 3 ans de gravure, je visais la perfection.

Je ne l’ai pas atteinte.

Je continue de faire des commandes. Soit pour ceux avec qui j’ai déjà travaillé soit pour une création. Je gère mieux l’angoisse en art car je montre un processus. Une commande artisanale nécessite un état final. J’ai du mal avec les fins.

Première expo « hors école ». 

Une catastrophe.

  • Des disputes pendant la préparation
  • Après l’expo des étudiants qui décident de « ne jamais reproduire l’expérience ».

Mais en dehors de ça, j’avais adoré le lien au public l’échange, le partage, l’émotion.

Alors artisan ou artiste ?

J’en ai déduit qu’artisan d’art ou artiste sont deux métiers différents, même s’ils ont pour point communs la création et parfois une technique particulière. En dehors de ça les approches sont totalement différentes.

On entend souvent des gens qui disent que les artisans ne sont que des techniciens sans idée ou que les artistes ne sont que des barbouilleurs qui se cachent derrière une idée. Si c’était le cas les uns ne seraient pas artisans d’art et les autres ne seraient pas artistes. 

Les contraintes et délais ne sont pas les mêmes. La clientèle, si elle peut être commune, n’a pas les mêmes attentes.

Mais les deux ont pour point commun :

  • d’embellir le quotidien,
  • d’offrir une échappatoire à la réalité ou de la sublimer.
  • De mettre le rêve à porter de main.
  • De faire plaisir tout simplement.

Ah oui, j’oubliais. Dans les deux cas il faut bosser dur… et dans les deux cas c’est passionnant.

J’ai choisi…

Vous savez tous lequel j’ai choisi. Mais pourquoi ? Après tout d’un point de vue concret, mes premières expériences en tant qu’imprimeur ont eu des résultats plus positifs que l’expo :

  • D’un côté des clients ravis.
  • De l’autre, un galeriste qui ne veut plus jamais entendre parler de nous et annule toutes les ventes…

Mais voilà je ne sais pas gérer la pression (le comble de l’imprimeur !). Mes expériences dans l’artisanat n’ont été qu’une suite de stress à me répéter que ce n’était pas assez bien, qu’il allait même falloir que je paie pour travailler tellement je m’y prends mal, que le client serait tellement déçu….

… un vieux rêve d’ado :

  • Se coucher sans savoir de quoi sera fait le lendemain (en total désaccord avec ma recherche du planning idéal),
  • Laisser une place à l’imprévu (en contradiction totale avec ma peur de l’imprévu qui va chambouler le planning idéal que je n’ai pas encore trouvé),
  • Prendre le temps de rêver (qui ne figure pas dans mon emploi du temps)
  • Vivre son rêve (là je m’en sors plutôt bien).         

Montfermeil, le 28 août 2020

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